Le transfert de Moorea à Huahine se fait dans un avion de taille respectable en comparaison du précédent, un ATR72. Une fois passé l'aéroport et entassés dans le bus qui doit nous conduire à notre hébergement, nous commençons un voyage au coeur d'une nature vraiment sauvage. De part et d'autre de la route alternent les vues de la mer et des hauteurs de l'île où se trouve une végétation vraiment luxuriante. C'est une véritable jungle de palmiers, fougères, arbres et fleurs entremêlés qui surplombe notre parcours. Ici, pas de golf ou de complexe hôtelier cinq étoiles. Ce n'est pas pour rien que Huahine l'authentique est l'île de coeur de bien des polynésiens, préservée du tourisme de masse. Alors que nous nous sentons presque l'âme de courageux explorateurs égarés dans une jungle hostile (avec un peu d'imagination, en faisant abstraction du bus cahotant rempli de touristes où nous voyageons), apparaît au détour de la route la preuve que la civilisation, sous forme de courageux missionnaires, est parvenue jusqu'ici: une buvette Coca-Cola, certes rudimentaire, mais dont le store porte fièrement le logo aisément reconnaissable. Nous voilà rassurés.
Les deux jours passés sur Huahine sont pour nous l'occasion de prendre un bain de culture locale et de nature sauvage. La pension de famille où nous logeons nous fournit un cadre typique et une nourriture de même, ainsi que des animations. Nous faisons honneur à la petite plage et au matériel nautique mis à disposition, suffisamment du moins pour nous rendre compte que le pédalo de l'hôtel (une sorte de baignoire en plastique carrée avec des pédales) n'est décidément pas ce qu'il y a de plus pratique pour se déplacer sur l'eau. Le tour de l'île en truck avec deux autres couples de touristes français et une guide locale nous permet de découvrir en détail les merveilles de Huahine, ses légendes, ses anguilles sacrées, ses temples et sa végétation.
La pension Mauarii est l'une des pensions de l'île, tenue par des locaux. Ses bungalows typiques nous charment tout de suite, ainsi que le cadre verdoyant, et même la plage, certes petite mais accueillante. Le restaurant est l'occasion de goûter la cuisine locale: les poissons accomodés de différentes façons bien sûr (vanille ou coco le plus souvent) mais aussi les légumes cultivés sur l'île, comme les tacos (sortes de tubercules farineux) ou de petites bananes oranges que l'on mange cuites. La papaye au four et au lait de coco, par contre, est à éviter. Les animations de la pension nous permettent notamment de nous ridiculiser devant les autres touristes en essayant d'ouvrir puis de raper une noix de coco traditionnelle (ce qui requiert une technique particulière à base de bâtons et de rape où il faut habilement éviter de mettre les doigts, comme Julien le découvre). Tous ces efforts nous permettrons tout de même, au final, de préparer puis déguster un délicieux poisson cru au lait de coco.
Charmant n'est-ce pas? Ce que l'on ne voit peut être pas bien sur les photos de la salle de bain, c'est que son sol est entièrement recouvert d'une couche de petits coquillages, galets et coraux. Nous avons adoré le lit en bois avec un baldaquin pour la moustiquaire (ce qui s'est d'ailleurs avéré aussi utile que décoratif, car les bestioles qui piquent se plaisent bien sur l'île de Huahine).
Le tour de l'île nous permet de découvrir les merveilles de Huahine, et en particulier sa végétation foisonnante, que notre guide se fait un plaisir de nous décrire en nous donnant les noms locaux et les propriétés des plantes que nous rencontrons. Nous partons de la pointe sud de Huahine Iti - "Iti" signifie "petite", car comme Tahiti, Huahine est constituée de deux îles reliées par une bande de terre, Huahine Iti et Huahine Nui, la grande - où se situe notre pension. Nous passons le pont qui relie les deux îles, et notre guide s'arrête pour raconter une légende de l'île. Hiro, le demi-dieu des voleurs, aurait coupé l'île en deux avec sa pirogue en s'enfuyant après avoir volé une fleur de Tahiti. Mais, blessé par le javelot de son poursuivant, il aurait été recueilli et soigné par la déesse de Huahine. Celle-ci, amoureuse, ne voulait plus le laisser partir, aussi dut-il laisser son sexe en gage, et c'est pourquoi on voit aujourd'hui un rocher en forme de phallus dressé sur la montagne. Je n'oserai point tirer une conclusion de cela, si ce n'est que la déesse en question a une conception particulière de l'amour...
La ferme perlière, située sur pilotis au milieu de l'eau, est accessible en bateau. On nous y décrit le principe de la perliculture, beaucoup moins bien cependant qu'Alexandre dont la prose nous avait déjà amplement renseignés avant notre voyage. De plus, les perles sont de qualité médiocre. Nous découvrons ensuite les pièges à poisson, dont le principe est simple, puisqu'il s'agit de murets de pierres qui ne dépassent de l'eau qu'à marée basse, de sorte que les poissons, entrés à marée haute, ne puissent plus ressortir... Enfin, nous donnons à manger aux anguilles sacrées. De bien grosses bestioles impressionnantes (à force d'être nourries par les touristes, peut-être...) Une gamine du coin, venue aider notre guide à les nourrir, glisse sur les pierres et tombe dans l'eau, heureusement peu profonde, et se fait happer le bras par une anguille qui croyait sans doute qu'il s'agissait de la suite du repas. Heureusement, l'un de nos compagnons la rattrape et la sort de l'eau, mais elle est choquée et sa main saigne. Les gens du coin (que nous supposons être de sa famille) l'emmènent mais ne semblent pas être affolés. Bref, plus de peur que de mal, mais nous autres, touristes peu habitués à ce genre d'incidents, sommes un peu secoués et trouvons que décidément, ces grosses bêtes sont fort peu sympathiques. En plus, si ça se trouve, elles ne sont même pas bonnes à manger (ça doit être pour ça qu'elles sont sacrées).
Maeva (qui signifie bienvenue) est l'ancien centre religieux de l'île. Il comporte encore aujourd'hui les plus grands marae, qui sont des temples ancestraux à ciel ouvert, situés au bord de la lagune. Le muret qui entoure le temple est très bas, ce qui permet de voir ce qui se déroule à l'intérieur, mais tout le monde n'avait pas le droit d'y entrer: les femmes, par exemple, devaient subir des rites de purification avant d'y entrer pour se faire marier.
Fare est la capitale de Huahine. Il ne s'agit pas d'une grande ville, mais plutôt d'un village, nous semble-t-il, où il règne toutefois une agitation particulière car la ville se prépare à voir le départ de la plus grande course de pirogue du Pacifique, la Hawaiki Nui Va'a. A noter si vous allez la-bas fin octobre: renseignez-vous sur les dates de la course, car les agences de voyage ne sont apparemment pas au courant, et c'est comme cela que nous nous sommes retrouvés à partir de Huahine la veille du départ de la course, et de Bora bora la veille de son arrivée... Nous n'avons donc vu que des pirogues échouées sur la plage et les stands de fête préparés dans Fare pour l'évènement.
Huahine, comme on l'a dit, est moins touristique que les îles qui l'entourent. Son agriculture est en revanche bien développée, en particulier la culture de la vanille (bien que Tahaa soit davantage réputée encore pour cela). Nous terminons donc ce tour par la visite d'une plantation de vanille, où l'on nous explique les différentes étapes de cette culture. Une visite très intéressante, si l'on excepte les moustiques et autres insectes ayant décidé de s'inviter gratuitement au tour, et qui conclut un tour de l'île magnifique, intéressant, dépaysant... Assurément les décors les plus sauvages que nous ayons vus de notre voyage.